Archive numérique de la collection Gaignières (1642-1715)

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Vase en porcelaine chinoise orné d'une monture d'orfèvrerie émaillée

  • Vase en porcelaine chinoise orné d'une monture d'orfèvrerie émaillée

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Cote ou no d'inventaire
Folio
8
No d'inventaire d'Henri Bouchot
7247
Numéro de l'item (1711) incluant l'image
Titre de l'item (1711) incluant l'image
Autre portefeuille [de parchemin marbré, dos doré, f°] idem, remply d'armes et devises, tapiseries, ornemens royaux, vases antiques, calices, etc., le tout dessinez et colorez, 88 pieces
Titre dans l'inventaire détaillé
Dessein d’un vase antique avec plusieurs armes autour
Lieu(x) et date de production
1713
   
Matériau, Technique
Papier, Encre, Lavis, Peinture gouachée
Inventaire détaillé parent
Clairambault 1046, 373
Statut du document
Copie / Relevé
Statut de la copie
Dessin mis au net
Objet traité
Localisation(s) traitée(s)
Période traitée
Moyen Âge
Source du document numérisé
Transcription
[Fol. 9 à 10v, feuillets annotés par Gaignières] Le vase dessiné cy dessus de sa juste grandeur est de porcelaine blanche avec des fleurs de relief, garny et monté d'argent doré artistement et délicatement ouvragé et émaillé de différentes couleurs.
C'estoit l'un des curieux morceaux du cabinet de monseigneur le Dauphin mort à Meudon le 14e avril 1711.
Il est à présent, 1713, à M. de Caumartin, conseiller d'estat ordinaire, intendant des finances.
Il n'est pas aisé de déterminer l'ancieneté du vase, mais on peut juger que les ornemens sur lesquels il est monté ont esté faits il y a environs [sic] trois cens cinquante ans.
La partie la plus supérieure et qui termine le couvercle A a trois fasses esmaillées de bleu et sur chacune trois fleurs de lis d'or posées 2. et 1. surmontées d'une petite couronne ouverte fleurdelisée d'or.
Le dessus du couvercle est partagé en 4 parties, sur la première à droite de l'ance est une figure à demy corps nud tenant de chaque main des branches d'arbre émaillées d'un très beau verd; dans la 2de sont les armes de France partie de celles de Hongrie, B. Dans la 3e est la figure d'un homme à demy corps vestu d'un manteau royal orné d'espèce de fleurs de lis, tenant aussy des branches émaillées de verd, et dans la 4e sont les armes d'Anjou-Sicile à la bordure componnée de Hongrie partie de celles de Jérusalem figurées C. [marge: A [...] metre icy ce qui est à cete marque] [Passage barré] Le long du biberon doré sont en relief six lettres E qui paroissent d'un plus ancien caractère ou façonnées différemment de l'escriture qui vient d'estre raportée, on croit que ces six lettres font "Jehane" (autour). sur le plat de l'ance que l'on a dessinée séparément F. se trouve escrit en lettres gothiques d'or sur de l'émail noir, se est-il j'en çay, ce peut estre le commencement de ce qui est escrit un peu plus menu aussy en lettres d'or sur de l'émail bleu au dessous l'ouverture D. le temps est venu Dieu en soit loé, ces mesmes paroles répétées jusqu'à la fin du tour du vase. [marge: 3 metre cy dessus] Autour du vase est escrit du mesme caractère en or sur de l'émail bleu G. le temps est venu Dieu en soit loé, et ces mesmes mots répétez pour faire le tour du pied.
[marge: 4 etc.] Sur le col du vase à gauche de l'ance est l'escusson des armes d'Anjou-Sicile de la 1ère branche brisées d'une bordure componée des armes de Hongrie, cet écusson surmonté ou couronné d'une couronne ouverte et fleurdelisée d'or H.
De l'autre costé opposé et à droite de l'ance sont les mesmes armes parties de celles de Jérusalem I. Ce ne peut estre que par ces armes et par ce qui est escrit que l'on peut déterminer l'ancienneté de ce vase. Il a certainement esté fait pour un des princes descendans de Charles d'Anjou 2e du nom dit le Boiteux, roy de Naples, de Sicile et de Jérusalem et de Marie, héritière de Hongrie sa femme. Il mourut en 1309, et elle en 1323.
Les armes plaines de France parties de celles de Hongrie B. semblent ne pouvoir convenir qu'à Louis X dit Hutin, roy de France, et à Clémance de Hongrie sa femme. Ce prince mourut l'an 1316 et la reine sa femme en 1328. Il n'y a pas d'apparence que ce vase ait esté orné avant 1328. Ce qui est escrit dessus ne paroit pas d'une diction si ancienne, d'ailleurs le cimier de ces armes n'estoit pas en usage du temps du roy Louis Hutin, on peut donc conclure qu'elles n'ont esté mise [sic] sur ce vase que par décoration et pour un prince qui avoit l'honneur de sortir des maisons de France et de Hongrie et dibt il portoit les armes avec des marques de puinesse.
Les armes cottées H. I. C. doivent estre celles du prince ou de la princesse pour qui le vase a esté monté H. sont les armes d'Anjou-Sicile de la première branche brisées d'une bordure componée des armes de Hongrie, I. C. sont les mesmes armes parties de celles de Jérusalem. On pourroit les attribuer à André d'Anjou-Hongrie, roy de Hierusalem, de Naples et de Sicile, à cause de la reine Jeanne Ière du nom sa femme, à laquelle on pourroit atribuer les armes de Jérusalem. Le nom de Jehane, qui se trouve sur le biberon et ces paroles le temps est venu y conviennent assez. Leur mariage se fit en 1333. Elle le fit estrangler en 1345. Mais le temps convient mieux de l'attribuer à Charles d'Anjou, duc de Duras, ou à Marie de Sicile sa femme, soeur de la reine Jeanne 1ère. Il l'épousa en 1343. Cette reine le fit lieutenant général et gouverneur du royaume de Naples et eust assez de part à sa confidence pour estre le principal auteur de la mort tragique d'André de Hongrie. Il eut pour cette raison la teste tranchée en 1348 et sa femme vescut jusqu'en 1366. Robert d'Anjou Duras, prince de la Morée, frère de ce Charles, vint en France l'an 1352 et il se trouve trois sceaux de luy de l'an 1355 qui prouvent qu'il portoit les armes d'Anjou Sicile brisées d'une bordure componnées comme celles qui sont sur le vase, et qu'il avoit pour cimier une teste de biche et pour support deux cirennes. Ou Charles d'Anjou aussy de la branche de Duras 3e du nom, roy de Jérusalem, de Naples, de Sicile et de Hongrie surnommé de la paix, ou le petit, couronné à Romme dans l'église de St Pierre par le pape Urbain VI le jour de la pentecoste l'an 1381 après que la reine Jeanne 1ère du nom eut esté arresté prisonnière et déclarée indigne de porter ces couronnes. Les paroles le temps est venu, Dieu en soit loé luy conviennent mieux qu'à aucun autre. Il avoit espousé Marguerite d'Anjou-Duras sa cousine germaine, fille de Charles duc de Duras et de Marie d'Anjou-Sicile, il mourut en 1386 et sa femme en 1412.
Remarques
Ce vase figurait parmi les collections du Dauphin, fils de Louis XIV. A sa mort, le vase passa dans la collection de Louis Urbain Le Fèvre de Caumartin (cf. Paris, AN, MC/RS//995, f. 17v : Inventaire après décès de Louis Urbain Lefèvre de Caumartin, conseiller d'Etat, rue Sainte-Avoye). Il appartenait au XIXe siècle à la collection de William Beckford dans la fausse abbaye de Fonthill. Il est aujourd'hui conservé au National museum of Ireland de Dublin, dépourvu de sa monture du XIVe siècle (qu'il portait encore en 1823, à Fonthill Abbey si l'on en croit l'ouvrage de John Rutter, An Illustrated History and Description of Fonthill Abbey).
Le vase de porcelaine, de style qinbai du XIVe siècle, fut possiblement offert en 1338 au roi de Hongrie Louis le Grand par une ambassade chinoise. C'est l'un des tout premiers témoignages de la présence de porcelaine de Chine en Europe.
En s'appuyant sur l'héraldique et les inscriptions, Christian de Mérindol suggère que la monture aurait été commandée par Marguerite de Duras, alors veuve de Charles III de Duras, roi de Naples et brièvement de Hongrie (décédé en 1386). La monture porte l'écu de Ladislas, fils de Marguerite et de Charles III, qui deviendra roi de Naples. Le prénom "Jeanne" renverrait à la soeur de Ladislas. Les inscriptions ne sont pas toutes relevées de façon exacte sur le dessin de Gaignières, il faut lire "Le temps est venu Dieu en soit loé, se est j'en çay".
Bibliographie
Christian de Mérindol, "La provenance et la datation du vase Gaignières-Fonthill et de la tenture des Preux de New York. L'emblématique et la thématique peuvent fixer sur une œuvre d'art un moment d'histoire", Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1990, p. 112 à 126.

F. Mazerolle,"Un vase oriental en porcelaine orné d'une monture d'orfèvrerie du XIVe siècle", Gazette des Beaux-Arts, XVII, 1897, p. 53-58.
A. Lane, "The Gaignières-Fonthill vase, a Chinese porcelain of about 1300", The Burlington Magazine, 103, 1961, p. 24 à 32.
J. E. Horvath, "The pedigree of Louis The Great's ewer", dans Louis the Great, king of Hungary and Poland, 1986, p. 325 à 338.

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